Les textes

Jean Drapeau
A.JD.02 - Le M. Jean Drapeau que j’ai connu
A.JD.03 - Ses dernières années. Merci M. le Maire.
Roger Taillibert
A.RT03 - Qui est l’Architecte Roger Taillibert ?
A.RT04 - Ses honoraires et ses droits d’auteur bafoués
Claude Phaneuf
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MON DERNIER RENDEZ-VOUS AVEC JEAN DRAPEAU

Monsieur Jean Drapeau, Maire de la Ville de Montréal, est mort ce jeudi soir 12 août 1999. Cette mort, que je n’appréhendais pas si tôt, m’a frappé de plein fouet et une profonde tristesse m’a envahi durant plusieurs jours. Pour le dossier des Jeux olympiques de 1976 et de ses composantes, plus particulièrement celle du Stade olympique, « par cette mort, aujourd’hui celui qui a l’intégrité a disparu et j’ai un mot très dur, je dis que les voleurs sont dans la rue et se promènent… », (dixit Roger Taillibert le 25 août 1999 à la Radio de CKAC).

Jean Drapeau, 1916 - 1999
Jean Drapeau, 1916 - 1999
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Ce lundi 16 août 1999, jour de ses funérailles, j’ai mon dernier rendez-vous avec Monsieur le Maire, M. Jean Drapeau. Comme il faisait jadis, en 1971, 1972, 1973, 1974, 1975, au travail dès 5 heures 30 du matin, moi aussi j’étais là, à 5 heures 30 du matin, sur le bord du lac Des-Deux-Montagnes, à Oka où je demeure, et je regardais au loin émerger du sol un chaud soleil brillant dans un ciel sans nuage. Je remerciais Dieu de dire Merci, Lui aussi, à Monsieur le Maire comme je l’ai toujours appelé, en lui donnant cette merveilleuse journée. M. Jean Drapeau le méritait. J’allais à ce dernier rendez-vous, comme il appréciait que je sois, pantalon noir, gilet et … chandail noir à manches courtes, en travailleur, sa marque de commerce.

Bousculé par le temps, les médias voulaient mon témoignage (CKVL et RDI), mais je n’avais pas le cœur à parler. Ils ont pu m’arracher quelques mots. RDI (TV) m’attendait pour une entrevue que je n’avais pas le goût de faire. Une des questions de M. Pierre De Maisonneuve de Radio Canada.- Vous êtes en train d’écrire un livre qui s’intitulera « La Vraie vérité sur le dossier olympique ». Il y a la vérité de M. Drapeau, la vérité des autres, et la vôtre, ce sera quoi ? Ma réponse fut simple et spontanée.- Il n’y a pas la vérité de M. Drapeau, ni la vérité des autres. Il n’y a qu’une seule Vérité, la Vraie et je suis très libre de la dire, car je la connais, étant le 1er ingénieur demandé à travailler à ce dossier et … je n’ai aucune attache politique, ni personne à gratifier.

Un journaliste me parle et conclut : « Ce que vous dites, c’est une note discordante (M. Chnob de RDI) ». Des centaines de citoyens me questionnent. Je les vois fiers, d’entendre la Vraie Vérité, toute à l’honneur de Monsieur le Maire. Un autre journaliste (M. Éric Trottier de La Presse), respectueux de ma tristesse, note mes propos et titre le lendemain son article : « Les regrets de Claude Phaneuf », un article de qualité.

J’attendais la dépouille de M. Drapeau devant l’Hôtel de Ville de Montréal, avec ma femme, tout juste devant les fenêtres, où 28 ans plus tôt j’avais une séance de travail avec lui, à tous les matins, de 7,30 heures à 9,30 heures, pendant trois ans.

Le cortège funèbre, parti d’un endroit gardé secret, devait s’y arrêter, symboliquement. Je n’avais pas pu signifier à Madame Drapeau et ni à ses enfants mes sympathies les plus profondes. Le cortège est arrivé quelques 60 minutes plus tard. Il s’est arrêté quelques minutes tout juste devant moi, comme si Monsieur le Maire voulait me dire « Mission accomplie; nous avons bien travaillé ». Je ne parvenais pas à retenir mes larmes. Ma femme s’en est aperçue et elle a posé sa main sur mon épaule, elle était derrière moi. Les longues limousines noires aux vitres teintées étaient là, à environ 5 pieds devant moi. Je regardais par terre. Ma femme m’a soufflé à l’oreille : « Regarde devant toi ». J’ai levé la tête, la vitre de l’auto venait de s’ouvrir. Pierre Drapeau, son fils, et sa femme m’avaient vu et me saluaient, voyant ma peine, certes identique à la leur. Un geste spontané de leur part qui m’a le plus touché de tout ce que j’ai vu ou entendu durant toute cette cérémonie. C’était du vrai Drapeau, à l’image du Papa, Monsieur le Maire.

Durant ces quelques minutes d’arrêt du cortège, j’ai revu 25 ans d’histoire et j’ai compris. Autant j’étais demeuré indifférent au cours de ces années, autant la Vraie Vérité m’est apparue, évidente, implacable :- Les décisions passées, les embûches, les confidences de M. Drapeau, les débuts, la construction, l’après Jeux, le Mât, les Piscines, le Vélodrome, le Stade et son Toit, les coûts, les dépassements, les honoraires professionnels, notre Architecte français M. Taillibert, Québec et sa RIO, Ottawa, les commissions parlementaires, les Expos, nos Alouettes, les loups dans la bergerie, … tout le mécano s’assemblait. Je devais l’écrire maintenant.

6 avril 1972 - L'annonce des projets du Stade Olympique)
Conférence de presse internationale à l’ICAO
Le 6 avril 1972
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Je me rappelai le début médiatique officiel de l’aventure olympique relative à la construction, au Centre Maisonneuve et à l’ICAO, le jeudi 6 avril 1972. Pour répondre aux quelques centaines de journalistes venant de tous les pays du monde, une tablée d’honneur avec, au centre, Monsieur le Maire, flanqué à sa gauche de moi et de M. Taillibert dans l’ordre. Une photo de nous trois dans cet ordre fut prise et fut reproduite à plusieurs reprises, au cours des années, nous identifiant les responsables du gâchis total du Stade, Jean Drapeau, Roger Taillibert et la Ville, ma Division. Il faut dire ici que je travaillais sans relâche sur ce dossier avec Monsieur le Maire depuis mars 1971 et que M. Roger Taillibert s’était joint à nous dès septembre 1971. Tous les trois, solidaires et responsables, nous avions lancé cette aventure après avoir scrupuleusement vérifié sa faisabilité et son coût. Nous le verrons plus loin.

Ce lundi 16 août 1999, 28 ans plus tard, le Chef s’en allait après avoir été injustement lapidé pendant tout ce temps. Nous n’étions plus que deux.

J’ai pensé que pour vivre ces derniers moments cruels, M. Taillibert et moi, nous serions là, l’un près de l’autre pour dire à Monsieur le Maire : « Dormez en paix, nous nous occupons de la Vraie Vérité ». Tel ne fut pas le cas. Qui plus est, ma femme et moi, avons eu beaucoup de difficulté à entrer dans l’Église Notre-Dame, empêchés par les barrières et les policiers. Pourtant nos places étaient réservées.

J’aurais aimé parler à M. Taillibert pour connaître son état d’âme, mais la foule s’y mêlant, nous nous sommes salués, rien de plus.

Mon engagement se confirmait.

Claude Phaneuf en compagnie du Maire de Montréal M. Jean Drapeau devant la maquette du Stade Olympique
Claude Phaneuf en compagnie du Maire de Montréal M. Jean Drapeau
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Je devais aller jusqu’au bout et écrire la Vraie Vérité, pour rétablir les faits et démontrer comment nous tous, Québécois avons pu être bernés à ce point, mais aussi, pour le bénéfice de ceux qui ont travaillé à construire cette œuvre d’art de façon honnête, pour les jeunes d’aujourd’hui, pour tous ceux qui n’ont pas vécu la période « construction » et qui sont en quête de la Vraie Vérité de ce magnifique projet, le meilleur de M Jean Drapeau, pour M. Taillibert accusé à tort, pour sa femme Madame Marie-Claire Boucher et ses enfants Pierre, Michel et François, qui ont vécu l’enfer des derniers mois de sa vie. La reconnaissance et les mercis pour ce grand homme avaient pris le bord.

Ce jour du 16 août 1999, j’ai pris l’engagement d’écrire la Vraie Vérité sur votre meilleur projet.

Dormez en paix, Monsieur le Maire, je m’exécute.

Aujourd’hui, je remplis ma promesse.

Claude Phaneuf, B.A., B.Sc.A.
Un des trois pionniers concepteurs du Parc Olympique et du Stade.
Membre de l'OIQ de 1962 à octobre 2006.
Oka, vendredi, 9 octobre 2009







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