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DES JEUX AUTOFINANCÉS

Il fallait qu’un jour les vraies choses soient écrites sur le plan d’autofinancement de M. Drapeau, plan ridiculisé à plusieurs reprises depuis 1976.

Il savait dans quelle aventure difficile il s’embarquait lorsqu’il annonça ce plan. Sa volonté de donner plus et mieux aux Montréalais en installations de sport ne l’empêcha pas de foncer dans l’entreprise gigantesque d’organiser et tenir les Jeux pour se donner un grand Stade gratuit. Il était l’homme des réalisations, non celui qui critique tout ! Vaincre les difficultés, c’était sa marque de commerce. Son objectif : « Prouver que même les petits pays peuvent penser tenir les Jeux Olympiques ». M. Drapeau ne savait pas quelle type d'aide il recevrait des gouvernements supérieurs. C’est une chose d'endosser la candidature de Montréal ; c’en est une autre de l’aider à la réaliser.

Certaines phrases subtiles de sa déclaration sur l’aspect financier en faisaient allusion dès le 6 avril 1972. Son texte d’autofinancement remis aux journalistes ce jour là fait partie essentielle de son Projet « Des installations gratuites ». À titre de témoin privilégié et de ses confidences, j’ai le devoir de rappeler sa déclaration première en y apportant les explications cachées derrière ce texte, ce que nous appelons « les non dits ». Du grand Jean Drapeau !

Les « non dits » des principes d’autofinancement.

M. Drapeau contracta personnellement et en qualité de Maire de Montréal l’engagement de prendre toutes les mesures pour assurer que les Jeux de Montréal ne constitueraient pas une surcharge financière.

« Mes collaborateurs et moi-même croyons fermement que Montréal est dans une position privilégiée (1) pour réussir à prouver que les Jeux olympiques ne doivent pas constituer une surcharge financière (2) au pays, ni à la ville où ils se tiennent. »

(1) Une position privilégiée.- L’Expo ’67 a rapporté beaucoup plus de retombées que prévues. Premiers Ministres ou Présidents de tous les pays du monde ou à peu près, sont venus visiter cette Exposition universelle. La plupart de ces dignitaires furent reçus en grande pompe par M. Drapeau et par la Ville. Ils partirent impressionnés au point que plusieurs d’entre eux sont revenus par la suite. L’Expo 67 fut un immense succès. L’exemple de M. Art Rooney, propriétaire des Steelers de Pittsburg au football américain, est frappant. Ce bon Irlandais était venu à Montréal en 1967 et il avait aimé notre ville et les Montréalais. Après 1967, il ramena sa famille à Montréal à tous les ans et il en profitait pour faire un pèlerinage annuel à Sainte-Anne-de-Beaupré. Son fils Dan en charge du comité d’expansion du football américain se plaisait à me le rappeler lorsque je le rencontrai aux assisses du football américain à Honolulu en mars 1975.

Cette excellente renommée dépassa le niveau des dirigeants de pays. Des millions de téléspectateurs ont vu le nom de Montréal sur leurs écrans. Combien n’ont pas pu venir ici en 1967, mais ils ont pu voir nos pavillons dans des films projetés à ce sujet. Forte de cette démonstration, la Ville de Montréal était dans une position privilégiée pour demander les Jeux. Nous avions su faire et recevoir.

(2) Pas une surcharge financière.- M. Drapeau nota que nous pouvions engendrer plus de revenus des programmes du type de pièces de monnaie, timbres et autres d’Expo 67, si nous les planifions dès le début en vue de solliciter la population de tous les pays bien avant les Jeux. Profitant de notre expérience d’Expo 67 dans ce domaine, Montréal se trouvait dans une position privilégiée pour réussir à prouver que les Jeux olympiques pouvaient ne pas constituer une surcharge financière, donc des Jeux autofinancés.

« Permettez-moi de renouveler certains principes de base que j’ai déjà formulés et qui doivent inspirer tous ceux qui veulent le succès des Jeux Olympiques de Montréal (3) dans les limites permises par nos moyens financiers.»

(3) Inspirer tous ceux qui veulent le succès des Jeux.- Lors d’Expo 67, le Gouvernement du Canada vota des lois pour des pièces de monnaie, timbres, loterie et autres. Ottawa devait voter encore les mêmes lois pour les Jeux. Les rumeurs voulaient qu’il donne dans l’Ouest cette fois-ci. L’Est recevrait encore de grosses sommes pour se construire des Installations d’envergure. Le gouvernement fédéral craignait les réactions négatives de l’Ouest et il ne s’empressait pas d’aider Montréal encore une fois. M. Drapeau doutait de la bonne foi du Gouvernement du Canada. Il connaissait ces tiraillements, d’où sa phrase « … inspirer tous ceux qui veulent le succès des Jeux… ».

« Ces principes sont simples, mais rigoureux (4) :-

1-

a) Le Comité Organisateur des Jeux Olympiques ne construira pas (5). Il doit s’assurer que les installations nécessaires sont déjà prêtes ou le seront à temps et en conformité des exigences olympiques.

b) Le Comité Organisateur des Jeux Olympiques se chargera des seules dépenses de préparation et d’organisation des Jeux eux-mêmes. Les revenus ordinaires à prévoir et qui viennent directement de la présentation des Jeux suffisent généralement à couvrir le coût des Jeux. Le budget du Comité Organisateur des Jeux Olympiques doit s’établir en fonction de ces principes (6).

c) Le Comité Organisateur des Jeux olympiques utilisera d’abord les nombreuses installations sportives qui existent dans Montréal et sa région pour fins d’entraînement et de compétitions et seules les installations nécessaires et qui n’existent pas seront construites. Aucune ne doit avoir un caractère temporaire. Elles doivent toujours répondre à un besoin permanent (7)

(4) Principes simples, mais rigoureux.- Rigoureux pour ne pas dire arrêtés si vous ne voulez pas vous faire jouer. Dès qu’un grand projet débute, il se trouve toujours quelqu’un, proche d’un autre bien placé, une compétence quoi ! Du style, je connais un type très connaissant dans ce genre de dossier. Alors quelqu’un vous arrive avec toutes sortes de bonnes idées, qui ne cadrent pas toujours dans le projet annoncé ou qui ne tiennent pas compte de toutes les contraintes et le projet dérive.

(5) Le COJO ne construira pas.- La construction des nouvelles Installations requiert une équipe solide et des professionnels hautement compétents et spécialistes en équipements sportifs. Mexico (Jeux de 1968) confia ses constructions au Ministère Provincial des Travaux publics alors que Munich (Jeux de 1972), l’État de Bavière et l’Allemagne créa la « Société immobilières Olympia », comme à Expo 67.

M. Drapeau s’est fait jouer à l’Expo 67. Il obtint la tenue de cette exposition. Les gouvernements supérieurs ont créé une toute nouvelle compagnie pour construire. Il y eut un déficit et les gens disaient « c’est la faute à M. Drapeau » même s’il n’y avait pas participé.

Pour respecter ses engagements, M. Drapeau prit soin de garder le contrôle, en mandatant son Services des travaux publics et ses divisions bien organisées qui avaient fait leurs marques d’excellence en dirigeant la construction du Métro au début des années 60.

Le COJO n’existait pas. Il fallait le monter de toutes pièces. Il allait en avoir plein les bras que d’organiser les Jeux. D’où son 1er principe « que le Comité organisateur ne construira pas ».

(6) Le budget du COJO préparé en fonction de ces principes.- En d’autres termes « Laissez la Ville construire et voyez à préparer et à organiser les Jeux, une tâche colossale ». Les revenus ordinaires tels que la vente des billets d’entrée, droits de télévision, hébergement des athlètes, vente des programmes suffisent généralement à couvrir le coût des Jeux. Alors préparez votre budget en conséquence et évitez les superstructures ou l’engagement de personnel non requis.

(7) Les nouvelles Installations nécessaires seront permanentes.- Montréal construira de nouvelles installations à caractère permanent parce que nous en avons besoin ; rien ne sera temporaire. Ce n’est un secret pour personne que les gens du baseball jouaient dans un stade temporaire.

2 - Pour réaliser le programme des installations à prévoir, les investissements nécessaires d’ordre capital seront traités :-

a) en fonction des revenus extraordinaires qui sont faciles à provoquer et qui doivent rapporter suffisamment (8) pour couvrir tous ces investissements, sans provoquer une imposition ou une augmentation de taxes par aucun gouvernement (9).

b) dans certains cas, par l’application de programmes conjoints (10) dont la réalisation est déjà prévue ou pourra dans des lois du Parlement du Canada et de l’Assemblée Nationale du Québec.

(8) Revenus extraordinaires.- Les termes « revenus extraordinaires » signifiaient « Souvenirs – Pièces de monnaie frappées à l’effigie des Jeux – Loterie – Timbres commémoratifs – Etc ». Pourquoi faciles à provoquer ? Parce que M. Drapeau avait étudié soigneusement les revenus extraordinaires de l’Expo 67 et la manière de faire. Pour les Jeux, il voulait un cadre défini d’avance, relié à un plan de marketing à l’échelle mondiale, mis en place dès le début, d’où sa prévision de résultats supérieurs en termes de revenus qu’à Expo 67.

(9) Sans provoquer une imposition ou une augmentation de taxes par aucun gouvernement.- Les lois sur les monnaies, timbres et loterie pouvaient durer quelques mois de plus s’il le fallait sans augmenter taxes et impôts.

(10) L’application de programmes conjoints.- L’Université du Québec à quelques stations de Métro plus à l’ouest (Berri-De Montigny) devait utiliser nos installations de sports afin de servir de site d’entraînement et de compétitions aux étudiants, moyennant un loyer payé à Montréal pris dans leur budget d’opération.

« Je sais l’impatience manifestée en certains milieux à connaître des chiffres en rapport avec la réalisation financière des Jeux de 1976, plus particulièrement en ce qui a trait aux investissements (11).

Par ailleurs, je viens d’énoncer des principes de base rigoureux, notamment : celui de présenter des Jeux Olympiques en conformité de nos moyens conjugués, et celui des autorisations nécessaires à la provocation des revenus extraordinaires. Maintenant que l’inventaire physique des installations actuelles est terminé, que leur utilisation d’une façon définitive peut s’inscrire au programme des Jeux et que l’inventaire physique des installations à construire est sur le point d’être terminé, il conviendra que les chiffres ne soient pas établis unilatéralement mais en toute connaissance de cause, à la suite de l’étude par les gouvernements intéressés (12) d’une programmation des dépenses et investissements préparés avec soin. »

(11) Les investissements.- C’est-à-dire le coût des nouvelles Installations (le $250 Millions), comme celui qui s’achète une maison fait un investissement. Le 6 avril 1972, Montréal révélait ses projets du Parc Olympique sans en préciser les coûts prévus.

(12) Des budgets non unilatéraux.- Nous avions terminé nos prévisions budgétaires des Ouvrages du Parc Olympique le 2 avril 1972. Avant de les soumettre aux gouvernements fédéral et provincial pour être approuvées, M. Drapeau voulait les vérifier, les revérifier et ajouter celles des nouvelles installations à l’extérieur du Parc.

Avant la fin de l’année 1972, les deux gouvernements purent étudier nos prévisions de $250 Millions.

Il y eut plus de revenus que prévus. Les coûts des nouvelles constructions dépassèrent les prévisions, dont un fort pourcentage provenant du Parc Olympique. Le déficit inscrit au rapport du COJO, Livre I, page 59, s’élève à $990 Millions, près d’un milliard, $200 Millions à payer par les contribuables de Montréal et $790 Millions avec la taxe sur le tabac.

En parcourant le chapitre « Les coûts », vous trouverez les causes de ce déficit. Pour voir la Déclaration complète de M. Drapeau sur son plan d’autofinancement, cliquez ici.


Claude Phaneuf, B.A., B.Sc.A.
Un des trois pionniers concepteurs du Parc Olympique et du Stade.
Membre de l'OIQ de 1962 à octobre 2006.
Mai 2010







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