Les textes

K02 - Notre échéancier des études et travaux
K22 - L’Université de la technique a servi à quoi ?
K26 - Pourquoi la préfabrication ? Pourquoi les français ?
K28 - Le Vélodrome est terminé... Le COJO prend possession du Stade
K29 - Des études - Des mandats - L’omniprésence d’ingénieurs, de firmes d’ingénieurs
K30 - Les Expos vantent notre Stade et partent
K31 - La RIO contrôle l’information, trompe l’Histoire et joue à la chaise musicale
K.51 La grande tromperie
K.52 À l’Entreprise Charles Duranceau – Chapeau
K.53 À l’entreprise Schokbéton - Chapeau
K.54 Lavalin, le puissant
K.55 Le rôle des partis politiques
K.56 Les Québécois se souviennent
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DES GRUES INEXISTANTES
DES PLANS INADÉQUATS

D’avril à novembre 1973, le travail des bureaux d’ingénieurs du projet Stade-Mât-Piscines respectait notre échéancier des études et plans, à l’exception de celui chargé de la structure. En novembre 1973, je n’avais pas encore vu un seul plan de structure de ce projet, ni M. Taillibert, ni son expert, l’ingénieur Louis Billotey non plus. Pourtant, le bureau d’études chargé de cette spécialité avait été engagé quelques 7 mois auparavant et plusieurs centaines de mille dollars lui avaient déjà été payés. M. Taillibert qui assurait la coordination des travaux de ce bureau ne parvenait pas à obtenir quoi que ce soit et lui ou ses professionnels ne parvenaient pas à entrer dans leurs bureaux ou leur salle à dessin. C’était essentiel pour nous de connaître la progression de ces études techniques de structure.

L’IMPORTANCE CRUCIALE DE LA GROSSEUR DES VOUSSOIRS

Ce n’était pas tant l’aspect « complexité » qui nous intriguait, puisque nous connaissions les techniques de construction à utiliser, la même que celle de son « petit frère » à Paris, le stade du Parc des Princes. Le premier choix à arrêter était la grosseur des voussoirs des consoles. Nous voulions éviter les erreurs de départs qui diminuent nos temps de construction et augmentent de façon significative les coûts.

Ceux qui ont suivi plus tard l’érection de ces voussoirs, ces grosses pièces de supports des planchers et des gradins, se rappelleront la comparaison souvent utilisée de l’enfant qui empilait ses blocs les uns au-dessus des autres. La structure du Stade débutait par la construction de ces consoles, donc par l’empilage des voussoirs préfabriqués en usine selon une séquence préétablie, suivie par la mise en place des pièces composant les planchers et les gradins.

Ce bureau d’études avait la tâche de calculer et dessiner les plans de structure de chaque voussoir, ces fameux blocs de béton à attacher les uns aux autres. Pour pouvoir dessiner les plans de chaque voussoir, il fallait en déterminer la grosseur avant tout, donc connaître son poids. Pour arrêter cette grosseur des voussoirs, il leur fallait déterminer avec précision la méthode de montage de ces pièces où seules des grues pouvaient être utilisées. D’habitude, la méthode d’érection des pièces relève de l’entrepreneur, mais ici l’entrepreneur étant nommé plus tard, il appartenait à ceux qui calculaient la structure d’arrêter cette méthode de montage. Pourquoi définir ces éléments avant de tracer des plans ? Parce que les plans de chaque pièce serviraient à la fabrication en usine de ladite pièce. Rendue au chantier, nous n’avions qu’à l’ériger.

À la demande de M. Taillibert, je demandai à ce bureau d’études de venir à mon bureau pour une séance de travail relativement à l’avancement de leur mandat. Cette séance eut lieu un certain dimanche après-midi en décembre 1973. Trois représentants du bureau d’études vinrent et notre travail commença par une 1ère question : « Quelle méthode de montage avez-vous prévu pour l’érection des voussoirs des consoles ? » Pour y répondre correctement, la grosseur des pièces devait déjà être arrêtée. L’ingénieur s’empresse de me répondre : « Nous utiliserons une grue qui se déplacera en avant de l’anneau technique, en faisant le tour du Stade d’une console à l’autre et qui porterait les voussoirs d’une console à leur place.

Je précisai tout de suite : « Vous savez que le fléau avant et arrière ont ensembles jusqu’à 300 pieds de profondeur », ce qui signifiait l’utilisation de grues pouvant lever un poids d’au moins 30 à 50 tonnes, plus de 100 pieds dans les airs et porter ce poids à 300 pieds en avant, une impossibilité. Je ne connaissais pas de grues suffisamment fortes pour lever des pièces de ces poids, aussi haut et jusqu’à 300 pieds en avant d’elles sans support (en porte-à-faux). De telles grues n‘existaient pas !

Réalisant que leur réponse n’était pas appropriée, le même Monsieur reprit : « Non, nous introduirons plutôt une grue entre deux (2) consoles consécutives. Cette grue se déplacera entre l’anneau technique et la dernière pièce du fléau arrière en mettant en place les pièces de part et d’autre du pilier central avant de se déplacer entre deux autres consoles pour faire de même », la bonne méthode à prendre.

C’était déjà beaucoup mieux. Mais, cela n’avait rien de rassurant.

Je m’absentai quelques instants. Lorsque je revins, j’entendais l’ingénieur qui expliquait aux deux autres personnes présentes ce qu’était de la précontrainte ou de la post-contrainte. Alors là, je conclus en moi-même que nous étions réellement mal pris.

Avant de partir, ils me laissèrent quelques plans du câblage d’une console. Triste journée!

Des plans inadéquats

M. Billotey étudia ces premiers plans que nous ne pouvions pas utiliser puisque la chambre de tirage des câbles dans le bas de la console avait été oubliée et les câblages inadéquats se croisaient.

Qui est exactement M. Louis Billotey pour conclure sur la validité de ces plans ? M. Billotey est ingénieur collaborateur de M. Taillibert, polytechnicien et ancien élève d’Eugène Fressinet, l’ingénieur qui a mis au point la fameuse technique française basée sur l’application subtile de la précontrainte et de la post-contrainte dans les structures de béton armé, technique grandement utilisée au Stade du Parc des Princes et dans nos projets du Parc Olympique.

Cette séance n’augurait rien de bon pour la suite.

Claude Phaneuf, B.A., B.Sc.A.
Un des trois pionniers concepteurs du Parc Olympique et du Stade.
Membre de l'OIQ de 1962 à octobre 2006.
Mai 2010







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